Institution et Communion
L’an dernier, Hervé Queille, journaliste au Télégramme de Brest est venu m’interviewer à l’occasion du cinquantième anniversaire du Concile Vatican II. Il se souvenait du rôle, certes très modeste que j’y avais joué en tant que conseiller de quelques évêques français et belges, en particulier pour le texte sur la vie religieuse. Je lui racontais alors comment dans les années suivantes j’avais été amené à créer la Communion de Boquen avec mes amis. Le mot « communion » n’était pas encore à la mode. En l’évoquant, j’ai soudain pris conscience du caractère prophétique que pouvait revêtir l’expression. Préférer la communion d’esprit à la communauté institutionnelle. Préférer l’esprit de l’évangile, dans la mesure où il nous est accessible, aux structures secrétées par deux millénaires d’histoire du christianisme.
L’esprit de liberté intérieure et de paix entre les hommes (pour faire court) peut être partagé par tous les hommes et les femmes de bonne volonté, quelle que soit leur religion, leur philosophie, leur milieu social ou leur appartenance nationale. L’esprit est ouvert. L’institution est clivante. L’esprit peut être universel, l’appartenance à une religion engendre presqu’immanquablement l’opposition à ceux qui, de façon identitaire, se revendiquent d’une autre religion. D’où les guerres de religion, sous leurs diverses formes. Les institutions sont certes nécessaires mais à condition qu’elles restent des moyens au service de l’esprit qui les inspire et non qu’elles deviennent des fins en soi.
Deux événements donnent à ces réflexions intemporelles une certaine actualité.
Tout d’abord l’élection du Pape François. Impossible de ne pas penser à celle du Pape Jean XXIII que j’ai vécue alors que je vivais à Rome. Même stupeur du nom inattendu qui sortait du chapeau. Même problèmes vestimentaires (pour Jean XXIII, les religieuses chargées de préparer les soutanes blanches, obnubilées par la figure longiligne de Pie XII, n’avaient pas prévu l’élection d’un petit rondouillard. Il fallut donc attendre qu’on rafistole les soutanes disponibles. Pour le Pape François, il a probablement fallu bien des discussions pour que les Monsignori chargés du protocole acceptent qu’il paraisse en simple soutane sans tous les atours de la fonction papale qu’il récusait en tant que simple évêque de Rome ! Dans les deux cas il fallut attendre avant qu’il ne puisse paraître au balcon !
Mais la similitude ne s’arrête pas à cet aspect anecdotique. On ne peut pas attendre du nouveau pape qu’il remette en cause les dogmes du catholicisme romain, sauf peut-être les trois derniers sur l’Immaculée Conception (1854), sur l’infaillibilité pontificale (1870) et sur l’Assomption de Marie au ciel (1950), qui ne sont partagés ni par les Églises Orthodoxes, ni par le protestantisme occidental. Sur le plan de la morale individuelle, on ne peut s’attendre qu’à des inflexions minimes, limitées sans doute au domaine disciplinaire (comme l’interdiction faite aux divorcés remariés de communier). Mais on peu attendre de lui qu’il remette au cœur de la vie de l’Église, le souffle de l’esprit qui apparaît avoir été celui de Jésus, tel qu’on peut le connaître à travers les évangiles. En faisant ce choix, il relativisera par le fait même tout l’appareil institutionnel que l’Église a édifié depuis l’Empereur Constantin au début du IVe siècle. Relativiser l’institution est déjà faire un grand pas vers la conception de l’Église comme communion. L’insistance qu’il met à se présenter comme l’évêque de Rome suggère qu’il n’entend entretenir avec les autres évêques que des relations de communion et non de domination.
Le deuxième événement surgit sur internet par la publication d’un texte du frère John Martin, successeur des pères Monchanin et Le Saux à l’Ashram Shantivanam en Inde. A partir d’une expérience très différente de la mienne et avec ses mots propres, le frère Martin parvient à des conclusions très proches des miennes. (http://www.christ3000.org)
On croit parfois que je suis devenu taoïste, mais j’ambitionne surtout de ne plus être enfermé sous aucune étiquette et de cheminer vers cette liberté intérieure que tous les grands sages de l’humanité nous ont recommandé de chercher, « de commencement en commencement, par des commencements qui n’ont jamais de fin » (Grégoire de Nysse).
Nouvelles de Qiyunshan
Cette Chronique a pour principal objectif de vous faire connaître les dates et le programme du voyage Huanglao que nous vous proposons dans la deuxième quinzaine de septembre. Huang en souvenir de l’Empereur Jaune Huangdi auquel sont attribués tous les fondamentaux de la culture chinoise, Lao en souvenir du philosophe Lao Zi avec lequel commencent à prendre corps les grands courants philosophique de la Chine ancienne. Huanglao désigne cette longue période de deux millénaires au cours de laquelle s’est élaborée la pensée traditionnelle chinoise qui a alimenté la réflexion des penseurs tout au log des siècles suivants.
Mais avant d’en venir à ce programme je dois vous donner quelques nouvelles de Qiyunshan. La sagesse des peuples dit que d’une épreuve peuvent surgir des opportunités nouvelles. C’est ce qui est en train de nous arriver. L’épreuve que nous traversons et que j’ai racontée dans ma Chronique précédente nous amène à créer une extension de notre Centre à Tunxi (ville distante d’environ 40km de la montagne). Zhu Ping vient d’y louer une maison neuve située entre deux collines rapprochées, à la périphérie de la ville. Le cadre est très agréable et se trouve à proximité du fleuve qui traverse Tunxi, permettant ainsi des balades nocturnes le long de ses rives qui offrent un spectacle comme seuls les chinois savent en inventer. La maison sera utilisée pour les cours de calligraphie, en tout premier lieu à l’intention des étudiants de Tunxi, pendant la période hivernale peu hospitalière sur la montagne.
En ce moment Qiyunshan, que j’ai pu visiter brièvement, est transformée en véritable chantier. De la porte d’accès, près de la sortie du téléphérique, jusqu’au parvis du Temple. La municipalité de Xiuning semble y investir des sommes considérables d’argent et cela ne peut être que pour en faire une attraction touristique capable de dériver une partie du flux de visiteurs attirés par le célèbre massif voisin des Montagnes Jaunes (Huangshan). Quant à notre hôtellerie, certaines parties ont été démolies, d’autres construites. Le résultat final sera sans doute très réussi mais le
Selon toute vraisemblance, à la fin des travaux nous redeviendrons les gérants de l’hôtellerie. Le loyer me semble un peu élevé mais Zhu Ping se dit prêt à l’assumer. Les voyageurs de septembre devraient pouvoir y être accueillis.
Voyage Huanglao, 14-29 septembre 2013
Ce voyage nous emmènera dans des lieux peu fréquentés par les occidentaux. Il sera l’occasion d’un approfondissement de la philosophie chinoise traditionnelle. La composition du groupe telle que je peux la pressentir aujourd’hui sera particulièrement riche si bien que chacun pourra partager ses connaissances et surtout son expérience avec l’ensemble du groupe. Marie de Hennezel pense nous rejoindre en cours de route. Anna Depau dont plusieurs parmi nous ont pu apprécier sa maîtrise du Yi Jing espère pouvoir être du voyage. Et pour de nombreux parmi vous cela ne sera pas la première aventure en Chine.
Nous vous proposons ce voyage en Chine mais comme chacun d’entre vous se procure de son côté son billet France/Chine aller retour, les dates de départ et de retour ne sont qu’indicatifs. Chacun reste libre d’arriver plus tôt ou au contraire de repartir plus tard. Si c’est leur premier voyage en Chine, certains peuvent choisir de passer par eux-mêmes quelques jours à Pékin.
14 Septembre : départ de Roissy CdG ou de tout autre aéroport assurant des vols qui arrivent à l’aéroport de Shanghai/Pudong le lendemain matin entre 6h et 7h.
15 Septembre : pour ceux qui ne connaissent pas Shanghai, visite du musée. Vieille ville (avec cérémonie du thé), promenade sur le Bund, croisière nocturne sur le Huangpu. Journée libre pour les autres qui peuvent, s’ils le veulent, nous rejoindre pour les repas et la croisière.
16 septembre : départ en avion à 9h00 avec arrivée prévue à Xian à 11h40 (vol FM9205), dans l’après-midi, visite du Musée du Shaanxi qui permet un survol de plusieurs millénaires d’histoire en partant de la préhistoire jusqu’à la dernière dynastie (les Qing). Les bâtiments récents ont été construits selon le style de la dynastie Tang : un Hall central avec deux niveaux et autour quatre autres halls d’expositions. Un de ces halls présente de nombreuses peintures murales de la dynastie Tang qui illustrent des scènes de la vie de l’époque (bien connues de tous les lecteurs des petits livres de Robert Van Gulik sur les enquêtes du Juge Ti parus en livres de poche dans la collection grands détectives chez 10/18 qui sont une bonne initiation à la culture chinoise.)
Zhu Ping pense que c’est l’un de plus beaux musées de Chine. Il couvre moins de domaines que celui de Shanghai, mais présente des pièces historiques plus parlantes pour qui désire connaître un peu mieux l’histoire de la Chine.
17 septembre : Visite de Lou Guan Tai, le lieu légendaire ou Lao Zi est censé avoir dicté son Daodejing(connu en France comme « le livre de la Voie et de la Vertu »), livre fondateur de la pensée taoïste.
Nous en profiterons pour monter à pieds jusqu’à Da Qin où se trouvent les vestiges de l’installation en 637 de chrétiens nestoriens chassés jusqu’au cœur de la Chine (où ils furent accueillis à bras ouverts par le grand empereur Taizong de la dynastie Tang) par les anathèmes et les excommunications des Conciles œcuméniques des premiers siècles chrétiens.
18 septembre : départ pour des sites que je n’ai encore jamais visités. Route vers Huangdiling
19 septembre : visite de Huangdiling, où se trouve le tombeau présumé de l’Empereur Jaune Huangdi et où ont lieu chaque année de grandes cérémonies en l’honneur de celui qui est considéré comme l’ancêtre de la Chine. Trajet jusque Pingliang
20 septembre : de Pingliang nous gagnons KongTong où Huangdi est venu solliciter une initiation au Tao par l’immortel Guangchengzi qui vivait dans la montagne. Celui-ci lui aurait remis plusieurs livres sur la philosophie, la morale et les sciences naturelles, ce qui lui aurait permis d’effectuer son œuvre civilisatrice. (Selon les légendes, Guangchengzi serait la première incarnation du Tao, Lao Zi étant la deuxième et Zhang Daoling, au IIe siècle de notre ère, fondateur de la religion taoïste, étant la troisième.)
21 septembre : retour à Xian, temps libre dans la ville. Vous pourrez en profiter pour visiter la vieille ville et son quartier musulman.
22 septembre : A une trentaine de kilomètres de Xian, visite de l’armée de soldats de terre cuite trouvée à proximité de la tombe de celui qu’on appelle le Premier Empereur, Xinshihuangdi (à ne pas confondre avec Huangdi). On l’appelle le premier empereur parce que c’est lui qui a unifié la Chine, non seulement territorialement mais aussi sur le plan de l’écriture, des mesures, de la largeur des essieux (et donc des routes) et qui a érigé la première Grande Muraille de Chine. L’armée de terre cuite est un trésor de l’archéologie chinoise mais un sinologue français Jean Lévy en a contesté récemment l’authenticité soulevant une polémique que je suis bien incapable de trancher.
23 septembre : dans la matinée, visite de la forêt des stèles qui jouxte le temple de Confucius. Dans l’après-midi, vol pour l’aéroport de Huangshan et montée sur Qiyunshan où, si tout se passe bien dans les semaines à venir, nous devrions vous accueillir dans « notre » maison totalement rénovée.
24 septembre : journée de repos avec possibilité de balades dans la montagne, calligraphie pour les amateurs, cérémonie du thé et éventuellement Qi Gong à la demande.
25 septembre : montée sur Huangshan où Huangdi est dit être venu chercher des plantes d’immortalité et qui, plusieurs siècles plus tard, a donné son nom à la montagne. Huangshan est considérée comme la plus belle montagne de toute la Chine. La plus peinte au cours des siècles et la plus photographiée aujourd’hui. Nous resterons coucher à son sommet de façon à pouvoir profiter du lever de soleil qui peut être magique en fonction du temps qu’il fait.
26 septembre : descente dans la vallée et visite des villages du Huizhou, Hongcun et Nanping (ou d’autres, si plusieurs des membres du groupe connaissent déjà ces deux là) et remontée sur Qiyunshan
27 septembre : nouvelle journée de repos sur Qiyunshan
28 septembre : départ pour l’aéroport de Shanghai/Pudong. Plusieurs avions partent aux alentours de 23h30 (attention, si votre avion part à 0h30, c’est déjà le 29 septembre !)
29 septembre : arrivée de très bonne heure à Paris après deux semaines bien remplies !
Le coût de ce voyage est de 1650 Euros, vol France/Chine/France non compris.
Pour s’inscrire, s’adresser à bernard@qiyunshan.eu
Si certains d’entre vous désirent prolonger leur séjour sur Qiyunshan, vous êtes les bienvenus.
Association loi 1901.